Qu'est-ce que le squat (ocupación ilegal) en Espagne ?
Ocupación ilegal — populairement "okupación" — c'est quand quelqu'un entre dans un bien sans l'autorisation du propriétaire et y reste sans aucun contrat. C'est une infraction pénale en Espagne, mais récupérer le bien peut prendre des mois. C'est un problème différent du locataire qui ne paie pas (qui a un contrat et relève de la LAU).
D'abord la distinction importante : squat et locataire impayé ne sont pas la même chose, même si les médias espagnols les confondent souvent. Le squatteur est entré sans autorisation et sans contrat — il n'a jamais été votre locataire. Le locataire impayé a signé un contrat avec vous (résidence principale, saisonnier ou touristique) et a ensuite cessé de payer. Le premier se règle au pénal ; le second en civil via un desahucio au titre de la LAU.
Le Code pénal espagnol distingue deux types de squat. Allanamiento de morada (art. 202 CP) : quelqu'un pénètre dans votre résidence principale — le logement où vous vivez effectivement. Infraction grave ; la police peut agir immédiatement car un droit fondamental (inviolabilité du domicile) est en jeu. Usurpación (art. 245 CP) : des squatteurs occupent un bien qui n'est pas votre résidence principale : résidence secondaire, appartement vide, location de vacances. Délit moindre, et — hors flagrant délit — il faut passer par les tribunaux.
En 2023, le Real Decreto-ley 6/2023 a étendu le champ de l'expulsion en flagrant délit : si les squatteurs sont détectés pendant l'entrée, généralement dans les 48-72 premières heures, la police peut les expulser sans décision judiciaire. Passée cette fenêtre, il faut ouvrir une procédure pénale (art. 245 CP) ou civile (juicio verbal en récupération de possession, LEC art. 250.1.4º). Les procédures civiles se sont raccourcies en moyenne depuis la réforme, mais durent encore des mois, parfois plus d'un an.
Pour un hôte de location de vacances, le risque concret est le squat dans un logement vide. Entre deux réservations, une VUT peut rester vide des jours ou des semaines — exactement la fenêtre que des groupes squatteurs professionnels exploitent. Bonnes pratiques : alarme connectée avec réponse humaine immédiate, serrure renforcée, garder les compteurs actifs (couper l'eau/l'électricité peut servir de preuve d'abandon), inspecter le bien régulièrement, et si jamais vous le trouvez occupé, composez le 091 ou le 112 avant d'agir vous-même. Forcer l'entrée vous-même peut juridiquement faire de vous l'agresseur.
Pourquoi c'est important
Une occupation illégale peut immobiliser votre investissement des mois, parfois un an. L'assurance habitation standard ne couvre pas les squatteurs ; des polices spécifiques anti-squat existent. Le point clé est la distinction : si quelqu'un a signé un contrat et a cessé de payer, c'est un desahucio LAU (civil). Si quelqu'un est entré sans votre autorisation et sans contrat, c'est une infraction pénale. Confondre les deux coûte un temps critique — et en matière de squat, les 48 premières heures comptent le plus.