Qu'est-ce que la LAU et pourquoi trois régimes ?
La LAU (Loi 29/1994) régit les locations urbaines en Espagne et distingue trois régimes : résidence habituelle (art. 2), location « pour usage autre que d'habitation » (art. 3) et location à usage touristique (art. 5). Chacun a ses règles, durées, protections et obligations fiscales propres.
La LAU originale de 1994 a été réformée en 1995, 2013, 2019 et, en dernier lieu, en 2023 avec la Loi pour le droit au logement. La réforme de 2013 a été la plus pertinente pour la location saisonnière : elle a introduit l'art. 5 lettre e) qui exclut expressément la location touristique du champ LAU et la renvoie à la réglementation autonomique.
En pratique, les conflits juridiques pour les hôtes naissent presque toujours de la frontière entre art. 3 et art. 5 : un séjour de 4 mois pour motifs professionnels est-il une location saisonnière (art. 3) ou une location touristique déguisée (art. 5) ? La bonne réponse change la durée minimale, les droits du locataire et les obligations du propriétaire.
Octobre 2026 : le RDL 29/2026 et la location saisonnière
Depuis le 8 octobre 2026, le décret-loi royal 29/2026 sort la location saisonnière de l'art. 3 et en fait un « bail d'habitation temporaire » (LAU art. 2.3, 7.2 et 9 bis) : un motif réel et prouvable écrit dans le contrat, plus de 31 jours et, en règle générale, pas plus de 12 mois. Il est en vigueur, mais le Parlement doit encore le valider dans les 30 jours ; son prédécesseur, le RDL 26/2026, a été abrogé le 2 octobre.
Le RDL 29/2026 (BOE-A-2026-20823, publié le 7-10-2026) réécrit la LAU. L'art. 3 ne couvre plus « le logement ou l'hébergement de personnes » : il ne vise plus que les locaux et activités (industrielles, commerciales, professionnelles, d'enseignement, etc.). Louer un logement pour une durée limitée devient une forme de bail d'habitation, le « bail d'habitation temporaire », destiné à la personne temporairement éloignée de son domicile habituel pour un motif justifié et prouvable. La définition inclut expressément la location d'une seule chambre.
Les contrats saisonniers signés avant le 8 octobre 2026 conservent leur ancien régime (usage autre que d'habitation) jusqu'à la date de fin convenue, puis s'éteignent sans prorogation ; s'ils sont renouvelés, le nouveau contrat relève des règles du bail d'habitation temporaire (disposition transitoire 8 LAU).
- Motif dans le contrat : il doit être exprès, réel et prouvable, et la charge de la preuve incombe au bailleur. Sans motif, le contrat est traité comme un bail de résidence habituelle, rétroactivement depuis la signature (art. 7.2).
- Durée : plus de 31 jours et, en règle générale, 12 mois maximum ; prorogation uniquement par accord exprès et tant que le motif subsiste (art. 9 bis.1).
- Contrats enchaînés : plus de 12 mois sans justification, ou plus de deux contrats temporaires consécutifs entre les mêmes parties pour le même logement, transforment le premier en bail de résidence habituelle, avec la durée minimale et les prorogations des art. 9 et 10 (art. 9 bis.2).
- Loyer : pour des contrats temporaires successifs sur le même logement, la hausse annuelle ne peut dépasser l'indice IRAV (art. 17.8) ; pour les révisions annuelles des baux d'habitation échéant jusqu'au 31-12-2027, à défaut de nouvel accord, le plafond est de 2 % (disposition finale 6).
- Chambres : la somme des loyers des chambres louées simultanément ne peut dépasser le loyer du logement entier (art. 17.9).
- Garanties : toute garantie en plus du dépôt de garantie est plafonnée à un mois pour les baux temporaires (deux pour la résidence habituelle), et une assurance loyers impayés ne peut jamais être imposée au locataire (art. 36.5).
- Départ anticipé : le locataire temporaire peut partir après un mois avec un préavis de dix jours, sans indemnité (art. 11.2).
- Résidence habituelle : à la demande du locataire, une prorogation extraordinaire de deux ans maximum (par périodes annuelles) pour les baux dont la prorogation obligatoire ou tacite prend fin avant le 31-12-2028, à condition d'être à jour des loyers (disposition finale 5).
Les trois régimes : comparaison pratique
La différence tient à la finalité (vivre / travailler / tourisme), à la durée (années / mois / jours) et à la norme applicable (LAU / LAU + régional / régional uniquement). Ce tableau est la référence rapide.
| Aspect | Art. 2 (résidence habituelle) | Saisonnier (RDL 29/2026) | Art. 5 (touristique) |
|---|---|---|---|
| Finalité | Habiter de façon habituelle et permanente | Besoin temporaire de logement hors du domicile habituel, pour un motif justifié et prouvable (travail, études, santé) | Usage touristique — vacances, loisirs |
| Durée typique | 5 ans (prorogation obligatoire), 7 si bailleur personne morale | Plus de 31 jours et, en règle générale, 12 mois max. (art. 9 bis, depuis le 8-10-2026) | Jours, semaines ou peu de mois |
| Prorogation obligatoire | Oui, jusqu'à la limite légale | Non ; mais >12 mois sans motif ou >2 contrats successifs = résidence habituelle | Sans objet — la LAU ne s'applique pas |
| Licence touristique | Non requise | Non requise | Obligatoire (VV / VFT / VTAR selon région) |
| Inscription au registre du logement | Volontaire | Volontaire | Obligatoire dans les régions avec registre touristique |
| SES.Hospedajes | Non (exempt selon LAU art. 2) | Débattu — vérifiable | Obligatoire sous 24 heures |
| Norme applicable | LAU intégralement | Depuis le 8-10-2026 : LAU art. 2.3, 7.2 et 9 bis (RDL 29/2026) ; contrats antérieurs : art. 3 jusqu'à leur échéance | Réglementation touristique régionale |
| Caution | 1 mois obligatoire | Contrats antérieurs au 8-10-2026 : 2 mois (art. 36.1). Nouveaux : bail d'habitation, donc 1 mois en lecture littérale ; garantie supplémentaire 1 mois max. | Non réglementée par la LAU |
Le contrat de 11 mois après le RDL 29/2026
Avec le RDL 29/2026, le « contrat de 11 mois » n'est plus un format neutre : un contrat temporaire ne tient que s'il indique par écrit un motif réel et prouvable du séjour, et c'est au bailleur de le prouver. Sans motif, il est traité comme bail de résidence habituelle dès la signature. La durée n'a jamais été le critère, et elle ne suffit plus.
Jusqu'au 7 octobre 2026, la location saisonnière reposait sur l'art. 3 LAU (« usage autre que d'habitation »), et 11 mois était la durée habituelle parce qu'elle correspond à une année universitaire, une mission professionnelle ou un traitement médical. Depuis le 8 octobre, les nouveaux contrats de ce type sont des « baux d'habitation temporaires » : le contrat doit nommer le motif (par exemple un contrat de travail à durée déterminée dans une autre ville, une inscription universitaire ou un traitement médical) et le maximum général est de 12 mois.
La jurisprudence de la Cour suprême (notamment STS 20/03/2018) regardait déjà la réalité et non le papier : un locataire qui signe 11 mois mais vit avec son partenaire et son enfant et travaille dans la ville occupe en réalité une résidence habituelle déguisée, et le contrat est requalifié avec toutes les protections (prorogation jusqu'à 5 ans, révision du loyer plafonnée, etc.). Le RDL 29/2026 inscrit ce critère dans la loi et ajoute la limite de deux contrats temporaires consécutifs avec le même locataire.
Quand s'applique le régime touristique (art. 5) ?
Lorsque le bien est offert sur des plateformes touristiques, promu pour usage vacances ou inclut des services hôteliers typiques (ménage, draps, réception 24h). La courte durée n'est PAS à elle seule un critère déterminant.
L'art. 5 LAU exclut du champ LAU « la cession temporaire d'usage de la totalité d'un logement meublé et équipé en état d'utilisation immédiate, commercialisé ou promu sur des canaux d'offre touristique ou par tout autre mode de commercialisation ou promotion, réalisée à but lucratif, lorsque soumis à un régime spécifique dérivé de la réglementation sectorielle touristique ».
Trois critères doivent coexister : logement meublé prêt à l'usage immédiat, commercialisation touristique (Airbnb, Booking, site propre avec section « réserver ») et soumission à la réglementation autonomique des logements de vacances. La durée n'est pas un critère : un bien listé sur Airbnb avec 30 nuits minimum est touristique par le canal, même si le séjour est long.
- Annonce sur Airbnb / Booking / VRBO / similaire : critère déterminant d'usage touristique.
- Site propre avec système de réservation et prix à la nuit : critère déterminant.
- Services hôteliers (ménage en cours de séjour, changement de linge, réception) : renforcent la qualification touristique.
- Logement meublé prêt à l'usage immédiat sans formalité d'enregistrement du locataire : indice fort.
- Paiement à la nuit et non au mois : indice typique.
Zones tendues : la nouveauté de la Loi 12/2023
La Loi 12/2023 a introduit la notion de « zone de marché résidentiel tendu ». Dans ces zones, les contrats LAU art. 2 sont plafonnés à l'IPC et, pour les grands bailleurs, à un indice de prix. Les régions déclarent les zones ; la Catalogne a été pionnière.
Pour les hôtes qui ne sont pas grands bailleurs, la seule nouveauté pratique est le plafond sur l'augmentation annuelle du loyer lors des renouvellements LAU art. 2. Pour les grands bailleurs, la zone tendue impose en plus un plafond aux nouveaux loyers selon l'indice de l'État. La Loi 12/2023 art. 3.k définit le grand bailleur comme détenteur de plus de 10 biens immobiliers urbains résidentiels (ou >1 500 m² construits) ; ce seuil ne peut être abaissé à 5+ biens qu'à l'intérieur d'une zone tendue concrète, lorsque la communauté autonome le motive expressément dans sa déclaration.
L'art. 5 (touristique) reste en dehors des zones tendues. La location saisonnière, en revanche, n'est plus à l'écart : depuis le RDL 29/2026, des contrats temporaires successifs sur le même logement ne peuvent pas augmenter le loyer au-delà de l'indice IRAV, et en zone tendue la location par chambres (ou le loyer du logement entier) doit respecter les limites de l'art. 17.6-8 LAU. Validation parlementaire en attente ; surveillez le BOE.
Que doit contenir un contrat LAU bien rédigé ?
Identification des parties, description du bien avec référence cadastrale, finalité expresse (art. 2 / 3 / 5), durée, loyer et modalités de paiement, caution, charges, clause de juridiction et signature. Pour une location saisonnière (bail d'habitation temporaire), le motif temporaire doit figurer dans le contrat lui-même (obligatoire depuis le RDL 29/2026).
- Identification du bailleur et du locataire avec NIE/DNI/passeport.
- Adresse complète du bien + référence cadastrale (obligatoire dans l'enregistrement de la caution auprès de la région depuis le RDL 7/2019 ; fortement recommandée dans le contrat même).
- Citation expresse du régime LAU applicable : « en vertu de l'art. 2 / 3 / 5 LAU ».
- Pour un bail d'habitation temporaire : motif du séjour indiqué expressément dans le contrat et justifié par des documents (contrat de travail à durée déterminée, inscription universitaire, etc.) — obligatoire depuis le RDL 29/2026.
- Durée avec date de début et de fin, et clause de tacite reconduction (le cas échéant).
- Loyer mensuel + modalités de paiement + compte bancaire.
- Caution : montant, dépôt auprès de l'organisme régional (INCASOL en Catalogne, IBAVI aux Baléares, etc.).
- Répartition des charges : copropriété, IBI, énergies, ordures.
- Clause de juridiction et de loi applicable (toujours droit espagnol).
- Signature manuscrite ou électronique avancée.
Risques de mauvaise qualification
Mal qualifier un contrat peut conduire à une requalification judiciaire et vous exposer à : prorogations forcées de 5 ans (si art. 2 déguisé), sanctions régionales pour défaut de licence touristique (si art. 5 déguisé), et droit de mutation pour usage indu.
Le risque économique dépend du sens de l'erreur. Signez un bail saisonnier (11 mois) sans motif prouvable et le locataire revendique le régime de résidence habituelle : vous voilà coincé avec un contrat pouvant aller jusqu'à 5 ans que vous ne vouliez pas, et depuis le RDL 29/2026 avec effet dès la signature. Signez art. 3 mais exploitez en réalité de manière touristique : vous recevez des sanctions pour défaut de licence touristique (en Catalogne, jusqu'à 600 000 € par annonce sans HUT ; dans la Communauté valencienne, jusqu'à 600 000 € depuis le Decret-ley 9/2024).
La vérification administrative est croisée : SES.Hospedajes, registres des plateformes (Airbnb / Booking transmettent les données au titre du RD 933), inspecteurs municipaux dans les zones saturées. L'opacité n'est plus une stratégie viable.
Questions fréquentes
Puis-je combiner art. 3 et art. 5 dans le même bien ?
Que se passe-t-il si le locataire reste après la fin d'un contrat saisonnier ?
La caution d'une location saisonnière est-elle d'un ou deux mois ?
Dois-je déclarer l'IRPF / IRNR pour une location art. 3 ?
Comment prouver le motif temporaire d'une location saisonnière en cas d'inspection ?
Sources
- Ley 29/1994 LAU Ley 29/1994, de 24 de noviembre, de Arrendamientos Urbanos (BOE-A-1994-26003) — texto consolidado
- Ley 12/2023 Ley 12/2023, de 24 de mayo, por el derecho a la vivienda (BOE-A-2023-12203)
- RDL 7/2019 Real Decreto-ley 7/2019, de 1 de marzo, de medidas urgentes en materia de vivienda y alquiler (BOE-A-2019-3108)
- RDL 29/2026 Real Decreto-ley 29/2026, de 6 de octubre, por el que se adoptan medidas urgentes para la protección de la función social de la vivienda y la ampliación de la oferta de vivienda asequible (BOE-A-2026-20823) — en vigor desde el 8-10-2026, pendiente de convalidación
- RDL 28/2026 Real Decreto-ley 28/2026, de 6 de octubre, por el que se adoptan medidas urgentes para reforzar la estabilidad de los contratos de arrendamiento de vivienda habitual (BOE-A-2026-20822) — entrada en vigor prevista el 15-11-2026, pendiente de convalidación